À retenir
- Peu de dénivelé, aucun terrain plat et une surface dissimulée sous la mousse.
- L’organisateur le précise clairement, et ce n’est pas une simple clause de responsabilité.
- Reykjavik peut être sous un ciel dégagé tandis que le plateau reste pris dans les nuages.
- Il lui faut des décennies pour repousser. Si le chemin est balisé, ce n’est pas sans raison.
L’endroit où vous marchez
Blafjoll, les montagnes bleues, est une zone élevée de collines et de plateaux de lave au sud-est de Reykjavik. Pour la plupart des Islandais, ce nom évoque le ski, car la principale station du pays se trouve ici et une grande partie des informations consacrées à l’endroit concerne les forfaits de remontées mécaniques.
Cette excursion n’a rien à voir avec tout cela. Le rendez-vous se fait dans un chalet, puis vous partez à pied sur la lave dans la direction opposée aux pistes. La station de ski est simplement l’endroit le plus proche disposant d’un parking et d’un bâtiment.
Le terrain que vous traversez est le champ de lave produit par l’éruption à l’origine du cratère. Il s’étend sur plusieurs kilomètres et est pratiquement inhabité : pas de routes, pas de clôtures, pas de constructions, à l’exception de l’installation du cratère elle-même.
À quoi ressemble réellement la surface
C’est ce que les visiteurs sous-estiment le plus, et c’est pourquoi l’organisateur insiste sur les chaussures à porter plutôt que de rester vague.
La roche sous vos pieds est du basalte vieux de quatre mille ans, et elle n’est pas plate. Certaines parties sont lisses et présentent des ondulations, là où la coulée avançait assez lentement pour que sa surface se plisse et se fige en replis. D’autres sont constituées de débris rocheux, là où la croûte a été déchirée par la lave qui continuait de s’écouler sous elle. Entre ces formations et en dessous, vous trouverez des trous, des fissures et de petits affaissements.
Par-dessus tout cela s’étend une mousse épaisse, souple et continue, et c’est elle qui pose problème. Elle adoucit l’aspect visuel du sol sans rien changer à sa géométrie réelle : une surface qui ressemble à un matelas vert est en fait un enchevêtrement de blocs séparés par des trous. Chaque pas est légèrement différent du précédent.
Rien de tout cela n’est dangereux avec des chaussures adaptées et une attention normale. En revanche, la marche est fatigante d’une manière qu’une promenade plate de quarante-cinq minutes ne l’est pas, et elle met les baskets à rude épreuve, car leur semelle se plie dans les interstices sans que la cheville soit suffisamment maintenue. L’organisateur déconseille également les jeans, pour une raison toute simple : un denim mouillé dans le vent est particulièrement désagréable.
La pente reste douce tout au long du parcours. Il s’agit d’une marche modérée sur un terrain difficile, et non d’une ascension.
La file de randonneurs traversant la mousse en direction des cônes
La mousse, plus ancienne qu’il n’y paraît
La mousse de lave islandaise fait partie de ces éléments qui deviennent bien plus intéressants dès que quelqu’un vous les montre. C’est la première végétation importante à coloniser une coulée de lave, elle pousse extrêmement lentement et le tapis continu que vous voyez représente des siècles de croissance.
Elle est aussi fragile d’une manière très particulière et impitoyable. Une empreinte la comprime, et la zone comprimée ne reprend pas sa forme. Les dégâts restent visibles pendant des décennies et, dans certaines conditions, ne se résorbent jamais. C’est pourquoi les sentiers balisés dans les champs de lave islandais le sont avec une rigueur que certains visiteurs jugent parfois excessive.
Ce n'est pas excessif. Un groupe d'une douzaine de personnes marchant de front sur une mousse intacte laisse une cicatrice qui survivra à tous les membres du groupe. Rester sur le sentier est la chose la plus utile qu'un visiteur puisse faire ici.
La météo, qui n'est pas celle de Reykjavik
Le point de rendez-vous se trouve à environ trente minutes de la capitale et plusieurs centaines de mètres plus haut, et cette différence est plus importante qu'elle n'en a l'air. Le prestataire le précise clairement, et les avis le confirment plus souvent que tout autre élément : les conditions en montagne ont très peu à voir avec celles qui règnent en ville.
En pratique, cela signifie qu'il y a souvent du brouillard. Un matin dégagé en ville ne garantit en rien une bonne visibilité sur le plateau, et une part importante des visiteurs effectuent cette randonnée avec une visibilité de quelques dizaines de mètres avant d'arriver devant un trou qui semble surgir de nulle part.
Cela signifie également que le vent et la pluie peuvent arriver sans prévenir, avec des températures nettement plus basses que celles annoncées pour la ville. Prévoyez plusieurs couches et une veste coupe-vent, tout en acceptant que vous ne verrez peut-être presque rien des environs.
Il vaut mieux considérer le brouillard sous un autre angle que de le subir. Traverser dans les nuages une plaine de mousse sans relief, en suivant une file de personnes devant vous, jusqu'à un trou clôturé surmonté d'une passerelle métallique, crée une atmosphère qu'une journée ensoleillée ne peut offrir. Et la météo cesse complètement de compter dès que vous passez sous la surface.
La faune des environs
Elle est très limitée, et cela fait partie du caractère des lieux. Un champ de lave de cet âge abrite de la mousse, quelques végétaux bas dans les recoins abrités, et pas grand-chose d'autre. Il n'y a pas d'arbres. Il n'y a pas d'eau en surface, car elle s'infiltre directement.
L'animal que vous avez de réelles chances d'apercevoir est le renard arctique, le seul mammifère terrestre indigène d'Islande, parfaitement adapté à ce type de terrain. Il n'est ni apprivoisé ni rare ici, et on l'aperçoit assez souvent depuis le sentier pour que cela vaille la peine de le guetter. En été, son pelage est brun plutôt que blanc.
Des oiseaux passent dans le ciel. Dans les ravins abrités, la végétation est plus abondante que ne le laisse penser le plateau découvert. Mais l'impression dominante reste celle du vide, à trente minutes d'une capitale, et ce contraste est l'une des meilleures raisons de faire cette randonnée plutôt que de souhaiter qu'elle soit plus courte.
Quarante-cinq minutes dans chaque sens, en chaussures de randonnée
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La randonnée, étape par étape
Le refuge de Blafjoll
Breidabliksskali, à environ trente minutes de Reykjavik par une route goudronnée. C'est ici que l'équipement est ajusté.
Sur la lave
Le sentier quitte le refuge et le sol devient immédiatement une ancienne coulée de lave sous la mousse.
À travers le champ de lave
Quarante-cinq à cinquante minutes, avec une pente douce et un sol irrégulier tout le long.
Les trois cônes apparaissent
De petits monticules rougeâtres dans la plaine, ou rien du tout si les nuages sont bas.
Montée du cône
Une courte montée par des marches jusqu'à la lèvre, puis une descente dans le cratère.
L'ouverture
Un trou clôturé dans le fond du cratère, traversé par une passerelle métallique.
